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Nous
l'avons fait... Ne le faites
pas!
Ayant
trouvé Robin encore un peu jeune pour affronter le large, il avait été
décidé que Valérie resterait en sa compagnie en Belgique, pendant que
je me chargerais d'effectuer la traversée vers le Portugal en
compagnie de deux amis.
Après une
quinzaine de jours d'absence, me voici donc revenu à bord,
dans l'attente de l'arrivée de
Jean-François et d'Hervald. Je dois me dépêcher car il faut
remettre un peu d'ordre et surtout faire venir le mécanicien qui s'est
chargé de nettoyer les injecteurs de mes deux moteurs.
D'après
ce
dernier, la légère fumée blanche qui sortait, ces derniers
temps,
de l'échappement babord provenait probablement de là. C'était
la
première fois que j'appelais un mécano à l'aide, entretenant,
habituellement, les moteurs par moi-même.
| A
dix heures du
matin, voici donc les injecteurs repositionnés... Le jeune mécanicien
me demande de mettre les moteurs en marche. Le tribord semble
bien
fonctionner mais surprise...le babord tousse quelques fois puis démarre
avec un régime très inconstant! Le brave homme démonte puis
remonte les injecteurs mais rien n'y fait... Un peu désappointé, je lui
explique que ce moteur n'a que 500 heures et qu'à part un brin de
fumée, il tournait très bien avant son intervention. Il
m'explique alors qu'il va faire réviser, à nouveau, les injecteurs et
qu'il
revient l'après midi. Aie...aie, pensais-je, les choses se présentent
mal
et mes copains arrivent à l'aéroport à quinze heures. |
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Jean
François est indépendant et il s'est engagé auprès de ses clients pour
effectuer des travaux. Il doit revenir en France 8 jours plus tard. Je
ne peux donc pas me permettre d'attendre trop longtemps cette
réparation. En plus, j'ai dit à mes deux amis que je me chargeais
de l'avitaillement. Pas de temps à perdre, je me renseigne si des
injecteurs d'auto Mitsubishi pourraient convenir si jamais mes
injecteurs d'origine me reviennent hors service. Recherche difficile
auprès des détaillants locaux de pièces automobiles.
A 14 heures
30, voici notre mécanicien de retour. Il m'annonce que l'un de
mes injecteurs était bouché. "Après un contrôle,
bizarre...", pensais-je.
Repositionnement des injecteurs, je
croise les doigts en préchauffant le bourrin...Pas de chance, ça tousse
toujours autant! Là, je commence sérieusement à m'inquiéter et à douter
des compétences de notre homme. Mais, je dois aussi aller chercher
Hervald à l'aéroport et je laisse donc le mécano à ses réflexions.
A peine une demi heure plus tard, nous voici de retour et là, mon
mécanicien me dit: "We've got a big big
problem!"; (O:) "Quoi?"; " (M:) "Your engine is to heaven! Broken!"
Mon sang ne fait qu'un tour et très inquiet, j'essaie de comprendre ce
qui s'est passé...
Il m'explique, donc,
qu'il a essayé de faire tourner le moteur et de mettre un peu
plus
de gaz. c'est alors que ce dernier s'est complètement emballé. N'ayant
plus de
réponse de la clé de contact, pris de panique, il descend dans la cale
moteur et déserre tous les injecteurs pour éteindre le moteur! ( sans
essayer de couper l'arrivée d'air ou d'activer l'étouffoir de la pompe
d'injection!??). Le problème semble effectivement grave : le carter est
rempli d'une mixture d'huile et de diesel qui ne laisse pas beaucoup
d'espoir quand à l'état des cylindres ou de la pompe d'injection.
Mais
que s'est-il réellement passé ?
Après
avoir été chercher Jean-François qui arrivait dans un second vol, nous
voici tous les trois réunis dans le carré, désemparés et bien
incertains de pouvoir faire la belle traversée à laquelle nous nous
étions préparés. C'était d'autant plus frustrant que les
conditions météorologiques semblaient parfaites!
Evidement, la
question nous vint à l'esprit de traverser avec un seul moteur. Mais
je n'aimais pas cette idée de partir avec un handicap de départ,
surtout que le vent viendrait probablement à manquer en cette fin de
saison estivale.
Après une nuit de
réflexion sur les causes réelles de la panne, Hervald et Jean-François
essaient de me remonter le moral en me disant que ce moteur n'est
peut-être pas tout à fait foutu. Les connaissances en mécanique
d'Hervald tombent à point. Nous en venons tout doucement à l'idée
que nous allons courageusement vidanger le moteur de la mixture et
essayer de le redémarrer.
Nous vidangeons neuf litres de
liquide! Comment autant de volume ( 4 litres de diesel) est-il arrivé
dans le carter?
Nous changeons le filtre à huile et remettons une
bonne huile full synthetic en quantité recommandée.
Jean -François
m'assure qu'avec sa main magique pleine de chance, il est certain que
cela va démarrer. Il actionne la clef de contact et.....Ohh surprise,
ça marche....ça marche! Et cela tourne même tout à fait normalement,
bien encore un peu de fumée à l'échappement mais le ronronnement du
moteur semble bien normal.
Nous sommes évidemment fous de joie et l'on
se regarde en pensant: "allez, on a peut-être encore le temps de la
faire,
cette traversée!"
L'origine de la panne, elle est simple: pendant
mes 15 jours d'absence, le petit tuyau de retour de gazoil a tout
doucement coulé malgré la vanne du réservoir fermée. Le volume restant
dans les tuyauteries s'est donc déversé à travers les trous
d'injecteurs resté vides ( les injecteurs étant au contrôle). Les
cylindres étant froids, le gazoil est arrivé à passer au travers des
segmentations et a rempli le carter.
Le mécanicien lors de la repose
des injecteurs a oublié de contrôler la jauge d'huile et les
huit
litres de mixture empêchaient les pistons de bouger
normalement car ils se comprimaient contre un volume incompressible.
Conclusion:
1) ne pas attendre trop longtemps entre la dépose et la repose des
injecteurs 2) Ne plus jamais laisser quelqu'un travailler à bord
lorsque l'on s'absente.
Le
grand départ!
"Allez
les gars on y va! c'est une course contre le temps...Nous faisons
l'avitaillement en une heure et puis, à nous l'aventure..."
Hervald
part donc faire les courses, Jean François se charge de faire le plein
et de remplir des jerrycans d'appoint, et moi, je fais un entretien de
"sécurité" du bon moteur tribord, au cas où le moteur babord aurait
quand même été endommagé par les manoeuvres foireuses du mécano. Le
temps de faire également les formalités et de dire au revoir à tous nos
amis du port de Praia de Vitoria, il est quand même 21 heures lorsque
nous jettons les amarres. La nuit tombe...
Une
voie d'eau!?
Nous
navigons deux bonnes heures. Bien fatigués par les derniers
évènements et encore mal ammarrinés, le mal de mer commence à se faire
sentir dans cette nuit noire sans lune. Pas de chance non plus, le
vent, ce soir, nous fait face et est tout de même soutenu à une
vingtaine de noeuds. Le cap au près serré nous fait aller tout droit au
Maroc!
Je vérifie la cale de notre fameux ami le moteur babord et
constate avec étonnement que ce dernier est limite de barbotter dans
une marre d'eau qui me semble, sur le moment, tout de même un peu
salée! Même constatation dans la quille! Me vient alors l'idée: " et si
ce foutu mécano avait aussi brûlé mon joint tournant en
emballant mon moteur en vitesse!????"
Je remonte sur le pont et en fait part à mes deux compagnons
d'infortune...Décision: "on rentre au port, mauvais départ!"
Il
est deux heures du matin lorsque nous tendons nos amarres à
nos
amis de la marina, réveillés pour le coup, et incrédules de nous voir
revenir si vite.
Le
vai départ.
Après
quelques heures de sommeil réparateur, je m'enfile comme petit
déjeuner un délicieux verre d'eau de fond de cale...comme ça, juste
pour
le plaisir!
Et ma foi, malgré un petit goût d'Elf 5W40 arômatisée de
quelques cheveux, ce délicieux breuvage ne me semble plus aussi salé
que la veille. Je vérifie la douchette de pont qui semble avoir été mal
fermée par l'un de mes amis et mets fin, sur le champ, à notre voie
d'eau
imaginaire.
" Il nous reste six jours, on y va ? ou on y va pas? et Jean-François
reprend un vol retour."
"Allez, on tente le coup!"

(Hervald:
" La voile quel sport! ")
Trois
jours de pétole...
Nos
trois premiers jours sont fabuleux. Certes, Hervald voudrait un peu
plus de vent et trépigne d'impatience de pouvoir utiliser nos voiles.
Au moindre petit courant d'air, le voici qui hisse la grand voile et
déroule le génois. Après une demi-heure, on affale... et ce scénario se
répète plusieurs fois par jour.
Je reste un peu inquiet pour notre
moteur babord qui continue de fumer légèrement malgré le nettoyage des
injecteurs. Nous essayons donc de le préserver en ne
l'utilisant
qu'à faible régime et par périodes de 6 heures maximum, en attendant de
pouvoir le faire réviser lors de notre arrivée au Portugal.
Mais
ces légères inquiétudes se dissipent vite à la vue des nombreux cétacés
que nous croisons. Chaque soirée est animée par le balai et les sauts
spectaculaires de dauphins communs et pintados. Ces derniers sont
vraiment amicaux et peu craintifs. Dès lors, nous décidons de nous
baigner en leur compagnie, la mer étant "plate".
C'est un
moment qui restera gravé dans nos mémoires. Ces dauphins Pintados
contrairement à la plupart des autres cétacés, ne se sauvent pas si
l'on
arrête le bateau et si l'on n'essaye pas de les poursuivre à la nage.
Nous avons l'occasion de les observer pendant plusieurs minutes avec
nos masques et tubas. Ils semblent curieux de notre attitude et
surveillent le moindre de nos gestes...ils s'en vont, puis reviennent
quelques minutes plus tard. C'était vraiment extra-ordinaire!

Autre moment magique, au
deuxième jour de navigation, nous avons l'ocasion d'obsever plusieurs
groupes de cachalots, ainsi que plusieurs dauphins de rissos mais ces
derniers semblent plus timides à notre approche. Un peu de
vent en
soirée nous permet de naviguer sous grand voile et gennaker au bon
plein.
En fin de soirée du troisième jour,nous affalons le gennaker pour la
nuit et nous profitons d'un
vent établi entre 15 et 18 noeuds, qui nous permet d'avancer pendant
toute la nuit au près à 6 noeuds de moyenne.

Vive
le vent, oui mais...
Après une
matinée assez calme, la quatrième journée est un peu mieux
ventée et nous avançons bien sous GV + Génois pendant l'après
midi. En soirée, le vent se renforce à 25 noeuds au près et la mer
commence à se former. Jean François est content des sensations qu'il
éprouve en barrant le bateau. Cela devient enfin sportif!
Nous prenons un ris dans la
grand voile. Puis à 26-27 noeuds, nous enroulons le premier ris de
génois. A 22 heures, Jean François commence à être bien arrosé à la
barre et découvre son coéquipier habillé de pied en cap: botte, ciré et
pantalon de ciré, le grand complet! Hervald a le sourire aux lèvres:
"ça y est, on a enfin du vent" clame-t-il. Vers 23 heures, le
vent
forcit encore, et nous prenons ensemble le deuxième ris dans la grand
voile ainsi que dans le génois.
A deux heures du matin, je
prend mon quart, sans avoir pu fermer l'oeil durant ma période de
repos. Je rejoins Hervald à la barre, qui est bien attaché
par son harnais et qui
lutte contre les éléments. Il se prend de sacrés seaux d'eau dans la
figure.
Il
est difficile de maintenir un cap vraiment optimal sur Porto,
car nous sommes toujours au près serré. Mais le bateau réagit bien et
semble bien équilibré sous la configuration de voilure que nous avions
choisie. Le vent souffle de façon constante à trente noeuds avec de
nombreuses rafales à 35. La mer est formée avec des creux à 3-4 mètres.
Ce ne sont bientôt plus des seaux mais bien des "baignoires
d'eau"
que je me prend dans la tronche. Je suis
complètement mouillé malgré mon ciré.
Nous avançons à 9 noeuds. Mais par cette mer
hachée, le
bateau se prend de sérieux coup de buttoir dans certaine grosses
vagues qui le bloquent, par à coup, à 5 noeuds. Le vacarme à
l'intérieur
est impressionnant et j'implore le ciel que la situation ne s'aggrave
pas...
A six heures du matin, j'ai bien froid dans mes habits
détrempés. Et je suis heureux de voir Hervald qui vient me
relayer à nouveau. Je rejoins la cabine
arrière babord éprouvé, espérant me reposer, mais en vain...les
mouvements du bateau sont
assez violents et je fais des roulades dans ma couchette...difficile de
trouver le sommeil dans de telles
conditions.
A
son réveil, Jean-François me dit qu'il a eu l'impression de dormir dans
une formule1 et semble impressionné des prouesses de 7Seas et de la
façon dont il a passé chaque vague en toute sécurité.
Le
cinquième jour...
Le début
de matinée reste agité et nous commençons à être tous bien fatigués.
Combien de temps cela va-t-il encore durer?
Nous
nous souvenions pourtant bien des prévisions météos qui étaient plutôt
rassurantes lors de notre départ. A part une petite "tache orange" sur
les cartes de prédictions de vagues au milieu de notre trajet, rien ne
semblait bien inquiétant.
Je décide donc de rappeler Valérie par
Iridium pour qu'elle jette un coup d'oeil sur internet, pour savoir si
cette situation va se prolonger...
Les prévisions auraient-elles changé?
Elle me confirme que non et que la
zone de perturbation est très localisée. En continuant tout droit vers
le Portugal, nous
devrions
renconter du calme et même peut-être des allures portantes.
En
début d'après midi, nous constatons, en effet, que les rafales sont
moins
nombreuses. Le vent chute à 24-25 noeuds.
En soirée, ça y est, c'est
fini: plus de vent et nous sommes obligé de remettre le moteur en
route! La pression ne retombe pas pour autant, car la course
contre la
montre n'est pas finie! Il nous reste encore près de 250 miles
nautiques à courir en 36 heures. Après un rapide calcul, nous
apercevons que nous devrions arriver un petite heure avant le décollage
de l'avion de Jean-François !
Just
in time!
Toute
la dernière journée a été calme. Nous avons passé les rails montant et
descendant au large du Portugal sans encombre, grâce à Jean François
qui se défendait bien sur l'écran de veille radar en torpillant au
passage quelques navires en "C3,D4,Z5".
Après avoir bien fêté notre
victoire de " bataille navale", nous entamons notre dernière nuit de
navigation.
Un épais brouillard ainsi que de l'orage vient compliquer
un peu notre arrivée et nous navigons uniquement aux instruments et au
radar. A trois cents mètres de la côte, nous apercevons une vague
lueur orangée diffuse, sans toutefois pouvoir distinguer quoique ce
soit. Il est 4 heures 30 du matin.
Ce n'est qu'à une
cinquantaine de mètres que nous découvrons la tour babord de l'entrée
du port de Povoa de Varzim.
Notre arrivée fut mémorable: Valérie,
sa maman et Robin dans sa pousette m'attendaient sur les pontons. Paulo
et Marisa, nos amis avaient même prévu
de grosses lampes de poche pour éclairer
l'emplacement
qu'ils
avaient réservé à notre attention. Confortable, non? Mais surtout
quelle joie de les revoir!
Tout est
bien qui finit bien! La petite équipe se précipite alors vers
l'Aéroport de Porto. Là nous aurons juste le temps de savourer le
délicieux gâteau que Marisa nous a concocté ( à 2 heures du matin)...
et bien sûr de prendre le champagne pour fêter notre arrivée! Un
dernier adieu à
Jean-François qui aura
son avion à 6 heures. Il pourra honorer ses commandes du lendemain.
Cela n'aura pas été le tour du monde en 80 jours, mais toutefois une
demi traversée océanique en 6 jours 1/2!
Merci à mes deux supers coéquipiers pour cette fabuleuse traversée!
Bravo à Jean-François, pour un "baptême" de voile, il fallait oser!
Merci pour ton sang-froid et ta bonne humeur.
Merci
à Hervald, le plus marin de nous tous, pour ta motivation à toute
épreuve et tes connaissances. Merci aussi pour ton aide dans le
rangement du bateau.
Merci à Paulo et Marisa pour votre
accueil chaleureux malgré la nuit blanche, pour nous avoir
trouvé
cette super marina... et pour tout ce que vous faites pour nous.
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