Catamaran 7 Seas :              son voyage dans l'Atlantique...
                            La traversée des Açores au Portugal 
                                                                                                                                    (par Olivier)






              
               



         

                          traversée de 7seas vers le Portugal

Nous l'avons fait...       Ne le faites pas! 

Ayant trouvé Robin encore un peu jeune pour affronter le large, il avait été décidé que Valérie resterait en sa compagnie en Belgique, pendant que je me chargerais d'effectuer la traversée vers le Portugal en compagnie de deux amis.

Après une quinzaine de jours d'absence, me voici donc revenu à bord,  dans l'attente de l'arrivée de Jean-François et d'Hervald. Je dois me  dépêcher car il faut remettre un peu d'ordre et surtout faire venir le mécanicien qui s'est chargé de nettoyer les injecteurs de mes deux moteurs.

 D'après ce dernier, la légère fumée blanche qui sortait, ces  derniers temps, de l'échappement babord  provenait probablement de là. C'était la première fois que j'appelais un mécano à l'aide, entretenant, habituellement, les moteurs par moi-même.

A dix heures du matin, voici donc les injecteurs repositionnés... Le jeune mécanicien me demande de mettre  les moteurs en marche. Le tribord semble bien fonctionner mais surprise...le babord tousse quelques fois puis démarre avec un régime très inconstant! Le brave homme  démonte puis remonte les injecteurs mais rien n'y fait... Un peu désappointé, je lui explique que ce moteur n'a que 500 heures et qu'à part un brin de fumée, il tournait très bien avant son intervention.  Il m'explique alors qu'il va faire réviser, à nouveau, les injecteurs et qu'il revient l'après midi. Aie...aie, pensais-je, les choses se présentent mal et mes copains arrivent à l'aéroport à quinze heures. rampe d'injection

Jean François est indépendant et il s'est engagé auprès de ses clients pour effectuer des travaux. Il doit revenir en France 8 jours plus tard. Je ne peux donc pas me permettre d'attendre  trop longtemps cette réparation. En plus, j'ai dit à mes deux amis que je me chargeais de l'avitaillement. Pas de temps à perdre, je me renseigne si des injecteurs d'auto Mitsubishi pourraient convenir si jamais mes injecteurs d'origine me reviennent hors service. Recherche difficile auprès des détaillants locaux de pièces automobiles.

A 14 heures 30, voici notre mécanicien de retour. Il m'annonce que l'un de mes injecteurs  était bouché. "Après un contrôle, bizarre...", pensais-je.
 Repositionnement des injecteurs, je croise les doigts en préchauffant le bourrin...Pas de chance, ça tousse toujours autant! Là, je commence sérieusement à m'inquiéter et à douter des compétences de notre homme. Mais, je dois aussi aller chercher Hervald à l'aéroport et je laisse donc le mécano à ses réflexions.

A peine une demi heure plus tard, nous voici de retour et là, mon mécanicien me dit: "We've got a big big problem!"; (O:) "Quoi?"; " (M:) "Your engine is to heaven! Broken!"
Mon sang ne fait qu'un tour et très inquiet, j'essaie de comprendre ce qui s'est passé...
Il m'explique, donc, qu'il a  essayé de faire tourner le moteur et de mettre un peu plus de gaz. c'est alors que ce dernier s'est complètement emballé. N'ayant plus de réponse de la clé de contact, pris de panique, il descend dans la cale moteur et déserre tous les injecteurs pour éteindre le moteur! ( sans essayer de couper l'arrivée d'air ou d'activer l'étouffoir de la pompe d'injection!??). Le problème semble effectivement grave : le carter est rempli d'une mixture d'huile et de diesel qui ne laisse pas beaucoup d'espoir quand à l'état des cylindres ou de la pompe d'injection.

Mais que s'est-il réellement passé ?

Après avoir été chercher Jean-François qui arrivait dans un second vol, nous voici tous les trois réunis dans le carré, désemparés et bien incertains de pouvoir faire la belle traversée à laquelle nous nous étions préparés. C'était d'autant plus frustrant que les conditions météorologiques semblaient parfaites!

Evidement, la question nous vint à l'esprit de traverser avec un seul moteur. Mais je n'aimais pas cette idée de partir avec un handicap de départ, surtout que le vent viendrait probablement à manquer en cette fin de saison estivale.

Après une nuit de réflexion sur les causes réelles de la panne, Hervald et Jean-François essaient de me remonter le moral en me disant que ce moteur n'est peut-être pas tout à fait foutu. Les connaissances en mécanique d'Hervald tombent à point. Nous en venons tout doucement à l'idée que nous allons courageusement vidanger le moteur de la mixture et essayer de le redémarrer.

 Nous vidangeons neuf litres de liquide! Comment autant de volume ( 4 litres de diesel) est-il arrivé dans le carter?

Nous changeons le filtre à huile et remettons une bonne huile full synthetic en quantité recommandée.

 Jean -François m'assure qu'avec sa main magique pleine de chance, il est certain que cela va démarrer. Il actionne la clef de contact et.....Ohh surprise, ça marche....ça marche! Et cela tourne même tout à fait normalement, bien encore un peu de fumée à l'échappement mais le ronronnement du moteur semble bien normal.

 Nous sommes évidemment fous de joie et l'on se regarde en pensant: "allez, on a peut-être encore le temps de la faire, cette traversée!"

L'origine de la panne, elle est simple: pendant mes 15 jours d'absence, le petit tuyau de retour de gazoil a tout doucement coulé malgré la vanne du réservoir fermée. Le volume restant dans les tuyauteries s'est donc déversé à travers les trous d'injecteurs resté vides ( les injecteurs étant au contrôle). Les cylindres étant froids, le gazoil est arrivé à passer au travers des segmentations et a rempli le carter.

 Le mécanicien lors de la repose des injecteurs a oublié de contrôler  la jauge d'huile et les huit litres de mixture  empêchaient  les pistons de bouger normalement car ils se comprimaient contre un volume incompressible.

Conclusion: 1) ne pas attendre trop longtemps entre la dépose et la repose des injecteurs 2) Ne plus jamais laisser quelqu'un travailler à bord lorsque l'on s'absente.


Le grand départ!

"Allez les gars on y va! c'est une course contre le temps...Nous faisons l'avitaillement en une heure et puis, à nous l'aventure..."
Hervald part donc faire les courses, Jean François se charge de faire le plein et de remplir des jerrycans d'appoint, et moi, je fais un entretien de "sécurité" du bon moteur tribord, au cas où le moteur babord aurait quand même été endommagé par les manoeuvres foireuses du mécano. Le temps de faire également les formalités et de dire au revoir à tous nos amis du port de Praia de Vitoria, il est quand même 21 heures lorsque nous jettons les amarres. La nuit tombe...

Une voie d'eau!?

Nous navigons deux bonnes heures.  Bien fatigués par les derniers évènements et encore mal ammarrinés, le mal de mer commence à se faire sentir dans cette nuit noire sans lune. Pas de chance non plus, le vent, ce soir, nous fait face et est tout de même soutenu à une vingtaine de noeuds. Le cap au près serré nous fait aller tout droit au Maroc!
 Je vérifie la cale de notre fameux ami le moteur babord et constate avec étonnement que ce dernier est limite de barbotter dans une marre d'eau qui me semble, sur le moment, tout de même un peu salée! Même constatation dans la quille! Me vient alors l'idée: " et si ce foutu mécano  avait aussi brûlé mon joint tournant en emballant mon moteur en vitesse!????"
Je remonte sur le pont et en fait part à mes deux compagnons d'infortune...Décision: "on rentre au port, mauvais départ!"
Il est deux heures du matin lorsque  nous tendons nos amarres à nos amis de la marina, réveillés pour le coup, et incrédules de nous voir revenir si vite.

Le vai départ.


Après quelques heures de sommeil réparateur, je m'enfile comme petit déjeuner un délicieux verre d'eau de fond de cale...comme ça, juste pour le plaisir!
 Et ma foi, malgré un petit goût d'Elf 5W40 arômatisée de quelques cheveux, ce délicieux breuvage ne me semble plus aussi salé que la veille. Je vérifie la douchette de pont qui semble avoir été mal fermée par l'un de mes amis et mets fin, sur le champ, à notre voie d'eau imaginaire.

" Il nous reste six jours, on y va ? ou on y va pas? et Jean-François reprend un vol retour."

"Allez, on tente le coup!"  

         Hervald

          (Hervald: " La voile quel sport! ")


Trois jours de pétole...

Nos trois premiers jours sont fabuleux. Certes, Hervald voudrait un peu plus de vent et trépigne d'impatience de pouvoir utiliser nos voiles. Au moindre petit courant d'air, le voici qui hisse la grand voile et déroule le génois. Après une demi-heure, on affale... et ce scénario se répète plusieurs fois par jour.

Je reste un peu inquiet pour notre moteur babord qui continue de fumer légèrement malgré le nettoyage des injecteurs. Nous essayons donc de le préserver  en ne l'utilisant qu'à faible régime et par périodes de 6 heures maximum, en attendant de pouvoir le faire réviser lors de notre arrivée au Portugal.
 
Mais ces légères inquiétudes se dissipent vite à la vue des nombreux cétacés que nous croisons. Chaque soirée est animée par le balai et les sauts spectaculaires de dauphins communs et pintados. Ces derniers sont vraiment amicaux et peu craintifs. Dès lors, nous décidons de nous baigner en leur compagnie, la mer étant "plate".

 C'est un moment qui restera gravé dans nos mémoires. Ces dauphins Pintados contrairement à la plupart des autres cétacés, ne se sauvent pas si l'on arrête le bateau et si l'on n'essaye pas de les poursuivre à la nage. Nous avons l'occasion de les observer pendant plusieurs minutes avec nos masques et tubas. Ils semblent curieux de notre attitude et surveillent le moindre de nos gestes...ils s'en vont, puis reviennent quelques minutes plus tard. C'était vraiment extra-ordinaire!

      Saut de dauphins

Autre moment magique, au deuxième jour de navigation, nous avons l'ocasion d'obsever plusieurs groupes de cachalots, ainsi que plusieurs dauphins de rissos mais ces derniers semblent plus timides à notre approche.  Un peu de vent en soirée nous permet de naviguer sous grand voile et gennaker au bon plein.

En fin de soirée du troisième jour,nous affalons le gennaker pour la nuit et nous profitons d'un vent établi entre 15 et 18 noeuds, qui nous permet d'avancer pendant toute la nuit au près à 6 noeuds de moyenne.

                         

Vive le vent, oui mais...


Après une matinée assez calme, la quatrième journée est un peu mieux ventée  et nous avançons bien sous GV + Génois pendant l'après midi. En soirée, le vent se renforce à 25 noeuds au près et la mer commence à se former. Jean François est content des sensations qu'il éprouve en barrant le bateau. Cela devient enfin sportif!

Nous prenons un ris dans la grand voile. Puis à 26-27 noeuds, nous enroulons le premier ris de génois. A 22 heures, Jean François commence à être bien arrosé à la barre et découvre son coéquipier habillé de pied en cap: botte, ciré et pantalon de ciré, le grand complet! Hervald a le sourire aux lèvres: "ça y est, on a enfin du vent" clame-t-il.  Vers 23 heures, le vent forcit encore, et nous prenons ensemble le deuxième ris dans la grand voile ainsi que dans le génois.

A deux heures du matin, je prend mon quart, sans avoir pu fermer l'oeil durant ma période de repos. Je rejoins Hervald à la barre,  qui est bien attaché par son harnais et  qui lutte contre les éléments. Il se prend de sacrés seaux d'eau dans la figure.

Il est difficile de maintenir un cap vraiment optimal sur Porto, car nous sommes toujours au près serré. Mais le bateau réagit bien et semble bien équilibré sous la configuration de voilure que nous avions choisie. Le vent souffle de façon constante à trente noeuds avec de nombreuses rafales à 35. La mer est formée avec des creux à 3-4 mètres. Ce ne sont bientôt plus des seaux mais bien des  "baignoires d'eau"  que je me prend dans la tronche. Je suis complètement mouillé malgré mon ciré.

 Nous avançons à 9 noeuds. Mais par cette mer hachée, le bateau se prend de sérieux coup de buttoir dans certaine grosses vagues qui le bloquent, par à coup, à 5 noeuds. Le vacarme à l'intérieur est impressionnant et j'implore le ciel que la situation ne s'aggrave pas...

A six heures du matin, j'ai bien froid dans mes habits détrempés. Et je suis heureux de voir  Hervald qui vient me relayer à nouveau. Je rejoins la cabine arrière babord éprouvé, espérant me reposer, mais en vain...les mouvements du bateau sont assez violents et je fais des roulades dans ma couchette...difficile de trouver le sommeil dans de telles conditions.
A son réveil, Jean-François me dit qu'il a eu l'impression de dormir dans une formule1 et semble impressionné des prouesses de 7Seas et de la façon dont il a passé chaque vague en toute sécurité.

Le cinquième jour...

Le début de matinée reste agité et nous commençons à être tous bien fatigués. Combien de temps cela va-t-il encore durer?
Nous nous souvenions pourtant bien des prévisions météos qui étaient plutôt rassurantes lors de notre départ. A part une petite "tache orange" sur les cartes de prédictions de vagues au milieu de notre trajet, rien ne semblait bien inquiétant.

Je décide donc de rappeler Valérie par Iridium pour qu'elle jette un coup d'oeil sur internet, pour savoir si cette situation va se prolonger...

 Les prévisions auraient-elles  changé?

Elle me confirme  que non et que la zone de perturbation est très localisée. En continuant tout droit vers le Portugal, nous devrions renconter du calme et même peut-être des allures portantes.  

En début d'après midi, nous constatons, en effet, que les rafales sont moins nombreuses. Le vent chute à 24-25 noeuds.

En soirée, ça y est, c'est fini: plus de vent et nous sommes obligé de remettre le moteur en route!  La pression ne retombe pas pour autant, car la course contre la montre n'est pas finie! Il nous reste encore près de 250 miles nautiques à courir en 36 heures. Après un rapide calcul, nous apercevons que nous devrions arriver un petite heure avant le décollage de l'avion de Jean-François !

Just in time!

Toute la dernière journée a été calme. Nous avons passé les rails montant et descendant au large du Portugal sans encombre, grâce à Jean François qui se défendait bien sur l'écran de veille radar en torpillant au passage quelques navires en "C3,D4,Z5".

Après avoir bien fêté notre victoire de " bataille navale", nous entamons notre dernière nuit de navigation.

 Un épais brouillard ainsi que de l'orage vient compliquer un peu notre arrivée et nous navigons uniquement aux instruments et au radar. A trois cents mètres de la côte, nous apercevons une vague lueur orangée diffuse, sans toutefois pouvoir distinguer quoique ce soit. Il est 4 heures 30 du matin.
  
Ce n'est qu'à une cinquantaine de mètres que nous découvrons la tour babord de l'entrée du port de Povoa de Varzim.

Notre arrivée fut mémorable: Valérie, sa maman et Robin dans sa pousette m'attendaient sur les pontons. Paulo et Marisa, nos amis avaient même prévu de grosses lampes de poche pour éclairer  l'emplacement qu'ils avaient réservé à notre attention. Confortable, non? Mais surtout quelle joie de les revoir!

Tout est bien qui finit bien!  La petite équipe se précipite alors vers l'Aéroport de Porto. Là nous aurons juste le temps de savourer le délicieux gâteau que Marisa nous a concocté ( à 2 heures du matin)... et bien sûr de prendre le champagne pour fêter notre arrivée! Un dernier adieu à Jean-François qui aura son avion à 6 heures. Il pourra honorer ses commandes du lendemain. Cela n'aura pas été le tour du monde en 80 jours, mais toutefois une demi traversée océanique en 6 jours 1/2!

Merci à mes deux supers coéquipiers pour cette fabuleuse traversée!
Bravo à Jean-François, pour un "baptême" de voile, il fallait oser! Merci pour ton sang-froid et ta bonne humeur.
Merci à Hervald, le plus marin de nous tous, pour ta motivation à toute épreuve et tes connaissances. Merci aussi pour ton aide dans le rangement du bateau.
Merci à Paulo et Marisa pour  votre accueil chaleureux malgré la nuit blanche, pour  nous avoir trouvé cette super marina... et pour tout ce que vous faites pour nous.

         

 
Traversée Açores - Portugal

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